« Sa pose est aisée et ne nécessite pas de compétences particulières, il suffit de disposer de quelques points d'attache où l'on peut le fixer avec des câbles ou des agrafes. Cette invention permettra d'installer des clôtures dans les vastes prairies de l'Ouest américain, qui mettront fin à l'époque des pâturages libres. Le fil barbelé a été aussi beaucoup utilisé sur les champs de bataille. Déroulé et déposé simplement sur le terrain, il freine la progression des soldats, qui peuvent même s'y emmêler. » Jamais l'empêchement de la circulation, indifféremment animale ou humaine ne fut si aisée et économique même sur de longues distances ou périmètres.

Nous sommes attablé, en terrasse. Il parle.

« … je fais beaucoup de digressions mais on va avancer comme ça, en faisant le tour. Entre nous, ça ne peut pas se passer autrement... »

il parle d'abord un souvenir d'enfance "... j'ai été marqué par la guerre, les soldats français qui venaient chercher papa à la maison. Et, avant déjà, il y avait ce chemin, le chemin des senteurs. Je devais écrire quelque chose là dessus. Il y avait la rue pour aller à l'école, et je passais devant les jardins des français avec toutes ces fleurs qu'on n'avait pas chez nous. Alors tu te demandes pourquoi eux, les fleurs et pas toi »

Le doigt sur le front, il montre une cicatrice

« j'ai été marqué »

« la rue : au bout, il y avait l'école maternelle. Et puis il y avait le barrage, les soldats français. Ma mère m'envoie, tout de même, à l'école. J'arrive. On ne passe pas. Alors je vois au loin, l'école, les enfants qui y entrent. Et puis les barbelés du barrage et moi, de l'autre côté. Je ne pouvais pas passer. Entre l'école et moi il y avait les barbelés »

doigt sur le front

« là, la cicatrice, c'est l'OAS, ils m'ont tapé à la sortie de l'école. Il y avait une manif. »

« plus tard, après l'indépendance, je sors avec des copains dans un bois pour faire un jogging. On court, c'était le terrain d'une caserne. Je cours et là crack ! Un barbelé tendu comme un fil et le bruit « dong », le bruit d'une corde qu'on pince. Je tombe et mon torse... couvert de cicatrices. »

On se lèvera, quittera la terrasse du café. Je rentrerai à l’hôtel. Jetterai comme d'habitude un œil aux herses du barrage de police qui est au pied, avant de m'y habituer, je présume.