Vite, vite finir les textes, retranscriptions des entretiens biographiques avec les Abdelkader[s], pour pouvoir leur rendre, pour qu'ils les corrigent, pour discuter autour et voir comment aller plus loin. Et peut-être, réaliser la vidéo d'un entretien (quoi que). La question tourne, qu'est-ce que cela donnerait de plus ? Certes, quelque chose comme la parole incarnée et puis les voir ces Abdelkader[s] ! Tous différents du portrait officiel (quoi que). Alors ce serait en plus de la question biographique, la question du peintre, du portrait.

« Je ne sais pas si c'est du fait du nom Abd (serviteur) Kader (pouvoir) » faisait remarquer Abdelkader LHASSANI « bien que je connaisse quelques Abdelkade[s] pas très glorieux, mais avec un nom comme ça, on est obligé de faire quelque chose de sa vie ». Est-ce le fait du nom en effet, si nous n'avons rencontré que des Abdelkader calmes, posés, intéressants, parfois drôles à en pleurer ? Bref, aujourd'hui, quelque chose comme une ligne se dessine entre des individus qui pour la plupart ne se connaissent pas. C'est toujours comme ça dans le travail, pas ce que Pessoa appelait de ses voeux : la moyenne, le plus petit dénominateur commun mais plutôt l'invention inédite de quelque chose de commun. L'invention oui, puisque comme pour tout geste poétique ou politique, il s'agit là d'inventer le réel plus que de s'en contenter. Non pas un mensonge mais une tentative d'organiser le monde.

Les entretiens avec les Abdelkader[s] dessinent aussi des cartes :
-- la carte de France des enfants qui vivent à Lyon, Toulouse, Tarbes, Besançon...
-- celle des chantiers de routes et d'autoroutes en France, des missions au Zaïre ou en Angola
-- celle des terrains de rugby, celle des combats pour que « les jeunes qui ont la tête dans le sac trouvent eux-mêmes les moyens de lutter pour s'en sortir »
-- celle faite des plâtres et des plâtres sculptés d'un immeuble de bureaux ou d'une cave réhabilités en mosquée, d'une église classée restaurée, en passant par le plafond de son propre salon.
-- celle qui mène du CREPS à Oran, à des équipes de football professionnelle dans le Nord de la France, à la formation de jeunes footballeurs au pied des Pyrénées.