Leçon 1 : Comment parle-t-on aux professeurs d'université ? (Nous en reparlerons plus tard)

Leçon 2 : comment parle-t-on à des journalistes ? (Exemple)

Nous avons rendez-vous entre 16 h 30 et 17 heures. Il arrive à 17 h 40.

- « Bonjour, Radio France. J'ai très peu de temps. C'est ça l'expo ? »
- « Oui je vais vous raconter... »
- « J'ai très peu de temps. »
Il marche, tourne dans l'espace.
- « Continuez, continuez, je vous écoute. »
J'entame. Il tourne, s'en va, revient au moment où je tente d'expliquer le travail réalisé l'année dernière avec les étudiants grévistes de l'Université de Pau et des pays de l'Adour.
- « Si je peux me permettre, le CPE ça n'a pas grand chose avoir avec Abd el kader. »
J'essaie de nouveau de lui raconter le texte de Kateb Yacine, son allusion faite à la Smala, la tentative de faire dialoguer un gréviste algérien des années 40 avec des grévistes français en 2007...
- « Je vais enregistrer. Il faut que ce soit très court. Moins d'une minute. C'est les collègues qui m'ont envoyé puisque j'ai déjà fait des choses sur Abd el kader. Je connais bien. C'était un grand ami de la France. En Algérie, c'est impossible de dire qu'il était franc-maçon. »


Je lui réponds qu'en France, il est parfois difficile de dire qu'il était jihadiste...
- « Ah oui, mais le jihad d'avant c'est pas comme celui d'aujourd'hui !... Ah oui, donc, votre sujet c'est la Smala. Il y a une grande toile qui s'appelle comme ça, je l'ai déjà vue. Elle est magnifique. Elle s'appelle... Elle s'appelle... »
- « La prise de la Smala d'Abdelkader par le duc d'Aumale. »
- « Oui, elle est magnifique ! J'adore l'orientalisme. »
- « C'est surtout une oeuvre de propagande.»
- « Vous pouvez pas dire ça... »
- « Oui, avec une petite touche d'antisémitisme, on peut voir au premier plan le marchand juif s'enfuir avec ses richesses laissant derrière lui un enfant piétiné par des boeufs.»
- « Ah bon ? Je ne l'avais pas vu. Moi, je suis né en Algérie... Au départ, la colonisation c'est comme une utopie. Ce sont les Saint-Simoniens qui la font. Ils rêvent d'une société idéale. Alors quand on dit que la colonisation C'est que négatif... »


Je reste interdit.


On enregistre. Il repart.
- « C'est intéressant ce que vous dites sur la ville et la guerre, mais je suis pas du tout d'accord avec vous. »
Il franchit la porte : « Sinon, vous travaillez, à côté de ça ? »
Je lui réponds que c'est ma seule activité.
- « Vous avez d'autres projets ? »
Je lui parle du projet DESRIVES...
- « Ah oui d'accord, vous êtes des rêveurs. Je pars, je suis très en retard. »
Il n'est pas encore 18 heures.