Nous nous sommes rencontrés à l'ouverture de l'exposition à Berlioz. C'est là qu'il m'a appris qu'il était l'un de ceux qui fleurissaient les tombes des deux enfants. Nous reprenons rendez-vous. Je le retrouve dans son bureau, à la Mairie. Il propose de sortir discuter devant un café. Il parle, je prends des notes.

Oui, lui et une amie vont, depuis 30 ans, fleurir les tombes des deux enfants d'Abd el Kader morts à Pau. Il y a quelques tombes comme ça. Il parle de son intérêt pour le personnage de l'émir. - « Attend, tu vas tout comprendre. Petit, j'avais dans ma chambre un dessin de l'émir réalisé par mon grand-père. ». Il parle aussi des autres tombes et des personnages qui ont traversé l'histoire locale et qui le fascinent. Il parle également des légendes entourant le personnage de l'émir et qui, pour l'enfant qu'il était, rendait la présence de cet homme tangible. Il parle de cet observatoire, à l'angle de la place Royale et du boulevard des Pyrénées. Il aurait été construit sur les deniers d'Abd el Kader pour qu'il puisse se retirer et méditer face à l'Algérie. Il parle de la fontaine aussi, celle du Hédas, où Abd el Kader aurait abreuvé ses chevaux. Légendes oui, il le confirme. L'observatoire a été construit après le départ d'Abd el Kader. Quant à la fontaine comment imaginer que celui qui disait « Je suis en deuil de ma liberté et un Arabe en deuil ne sort pas de sa tente » soit sorti de sa cellule.

Deux expressos serrés plus tard nous prenons congé. Je referme mon cahier et le remercie. Il regarde le cahier fermé, sourit. - « Evidemment, j'ai toujours fleuri ces tombes de manière anonyme. J'entends que cela le reste. C'était donc une conversation amicale... »